Rechercher
  • REconomy Luxembourg

« Repenser l’économie pour agir contre le dérèglement climatique : c’est possible ? »

Article de REconomy Luxembourg - 01.12.2020

Graphic Recording by Caroline Schuler/oceanvisuals.net

La pandémie de la covid-19 que nous traversons a paradoxalement ouvert autant d’espoir qu’elle a créé de désillusion. Brutalement confiné.es, pour la plupart d’entre nous, nous avons pu (re)prendre conscience de la valeur des choses essentielles, du besoin de rencontres et d’amitiés, du plaisir de cuisiner, de jardiner, de faire les choses soi-même. Les appels enfiévrés au « monde de demain » firent long feu. Et les appels incessants à la relance de l’économie (parfois verte) nous ont replongé.es dans le quotidien de la publicité et de la frénésie de consommation, et donc de son corollaire de production de CO2 qui est le principal facteur du dérèglement climatique, de la surexploitation des ressources naturelles et de la perte de la biodiversité.

Comment a-t-on pu en arriver là et que faire pour en sortir ? C’est à cette réflexion que nous voulons vous inviter dans ce texte en revenant sur les inégalités et catastrophes causées par ce système économique, les accords économiques et les bases théoriques sur lesquels il repose, puis de proposer des pistes de travail concrètes pour voir comment s’en émanciper. Nous terminerons par un appel à poursuivre la réflexion (et les actions).


I. Un système économique inopérant qui arrive à bout de souffle


D’abord chasseur.ses/cueilleur.ses, puis sédentarisé.es avec l’agriculture, les hommes et les femmes ont ensuite commencé à commercer, puis à inventer de la monnaie pour faciliter ces échanges. Une économie de marché va émerger pendant le Moyen Âge (routes de la soie, épices, etc.). Au XIX siècle, la révolution industrielle va modifier les modes de production et les rapports de domination. Une nouvelle bourgeoisie possé-dante va créer un cadre approprié pour préserver ses intérêts.


La science économique apparaît au 18/19ème siècle avec des auteurs, encore réfé-

rences aujourd’hui, comme Adam Smith ou David Ricardo, économistes dits « classiques » qui ont posé les principes du libéralisme économique, école de pensée ardemment défendue et renforcée au 20ème siècle par les « Chicago Boys » tel que Milton Friedman. Un des grands principes de cette pensée libérale est la théorie de l’homo œconomicus : l’homme est un être rationnel qui va maximiser sa satisfaction en privi-légiant son intérêt matériel qui ne peut s’optimiser que dans une économie de marché, avec une concurrence libre et non faussée. Elle considère les ressources naturelles comme inépuisables.


Karl Marx va contester cette théorie en observant qu’elle repose sur l’exploitation de forces de travail et qu’elle produit des inégalités. La faillite des expérimentations dites socialistes (réalisme socialiste) qui s’y référaient ont mis fin aux débats et les espoirs sur une autre voie.


Les sociales démocraties occidentales se sont vite rangées dans le sillage de Reagan et Thatcher qui, dans les années 80, ont symbolisé à la fois la globalisation, la financia-risation et la libéralisation de l’économie (avec baisse des impôts en tous genre, et donc des services publics et des systèmes de redistribution). Et le fameux TINA (there is no alternative) qui va avec.


Quelques dates repères de l’histoire économique :

  • Années 30 : Grande dépression/crise économique

  • 1973 : Abolition système Bretton Woods & premier choc pétrolier

  • 78/79 révolution Iran & 2ème choc pétrolier

  • Années 80 : révolution conservatrice/Thatcher&Reagan – TINA

  • 1989 : consensus de Washington qui préconise la réduction du périmètre de l’intervention publique, la déréglementation et la dérégulation

  • 2000 : bulle Internet

  • Dès 2007 : crise économique et financière

  • 2020 : crise sanitaire Corona avec ses conséquences économiques et sociales

Cette globalisation s’opère avec des phénomènes de dumping social, d’optimisation fiscale et de segmentarisation de l’économie (on roule dans des voitures contenant des pièces fabriquées dans les 5 continents). Le pétrole pas cher et la division internationale du travail l’ont généralisée avec un coût écologique complètement externalisé.


Ce système a certes créé des richesses mais les a aussi concentrées, et a favorisé des phénomènes de destruction et d’inégalités. Des effets pervers censés être atténués par l’émergence de l’État social après la 2ème guerre mondiale et le début des 30 Glorieuses. Mais ces systèmes sont fondamentalement construits sur une croissance soutenue dont les fruits seraient en partie redistribués. Or, produire – donc consommer – c’est polluer.


C’est le grand dilemme de l’écologie politique* : le taux de croissance est directement proportionnel au désastre environnemental.


Et donc la grande question posée à nos sociétés : comment concilier justice économique et sociale et justice climatique ?


Mais tout n’est pas négatif. Après les accords de Paris lors de la COP 21 en 2015 et la montée du mouvement pour le climat, la prise de conscience s’est accentuée, même si les objectifs restent encore à la marge. Il nous faut consommer, vert certes, mais consommer pour maintenir le système en place.


Pourtant lorsqu’on donne les moyens aux citoyen.nes de comprendre et réfléchir, nous sommes capables de nous émanciper de ce modèle. Ce fut le cas de la convention citoyenne pour le climat en France qui a rassemblé 150 personnes tirées au sort et qui ont travaillé pendant 9 mois pour faire des propositions courageuses.


* L’écologie politique est un concept qui appelle à une profonde transformation du modèle économique et social actuel ainsi qu’à une remise à plat des relations entre l’homme et son environnement


II. Des solutions qui tracent un autre chemin dans un monde en dépression


Burnout, stress, harcèlement moral et autres causes de maladie liées au monde du travail sont en augmentation constante au Luxembourg depuis des années. Ceci témoigne d’une certaine détério-ration du climat social au sein des entreprises et que de plus en plus de gens ne se retrouvent plus dans le dogme « métro , boulot, dodo ».



Le nombre de personnes exerçant un « bullshit job » – expression introduite par l’anthropologue américain David Graeber signifiant littéralement « emplois à la con » – croît aussi sans cesse. D’autres auteurs, tels que l’économiste britannique John Maynard Keynes, prédisaient déjà dans les années 1930 que les avancées technologiques permettaient de réduire le temps de travail hebdomadaires à 15h/semaine et de réduire ainsi les emplois futiles.


Côté entreprises, avec l’apparition du coronavirus et les confinements qui s’enchaînent – et une nième crise économique qui est en train de prendre de l’ampleur – les dernières « tendances » ne font qu’aggraver la situation des employé.es : licenciements, délocalisations, plans de maintien dans l’emploi, plan social, etc.


Alors que faire pour libérer les individus de la contrainte salariale et de leur donner la liberté d’exercer un métier qui a du sens ? Ou bien de ne pas effectuer un travail rému-néré ou s’engager plutôt en tant que bénévole ? Ou bien de travailler moins voire pas du tout ?


Une solution possible serait l’introduction d’un revenu de base – ou encore appelé revenu universel ou allocation universelle – ce qui est une somme d’argent versée à tous les membres d’une communauté sur une base individuelle, sans conditions de ressources ni obligation ou absence de travail. Le montant serait assez élevé pour permettre à un individu de vivre décemment par le seul revenu de base, et chaque bénéficiaire est libre de décider d’exercer un travail rémunéré pour augmenter ses revenus – ou pas !


Plusieurs expériences nationales et régionales de revenu de base inconditionnel menées dans le monde entier ont montré les différentes facettes de l’impact positif du revenu de base inconditionnel sur le comportement social, la santé, le stress, la prise de décision, la confiance en soi, l’esprit d’entreprise et l’action politique des personnes. C’est, de plus, un outil de redistribution de la richesse produite par la société.


Tant qu’on y est, et pour rester dans la logique de leçons à tirer de la pandémie, pour-quoi ne pas soutenir une relocalisation et un renforcement de l’économie locale via l’introduction de monnaies locales/régionales ? Monnaie locale = solution locale pour répondre au désordre global, voire un véritable outil de transformation sociétale, qui permet aux citoyen.es de se réapproprier l’économie pour la rendre plus humaine, et d’encourager l’économie réelle.


Et comme on parle argent, qui n’échappe pas non plus à la tendance on-va-tout-repeindre-en-vert-pour-sauver-la-planète, on doit aussi se poser la question s’il suffira de parler et de miser sur les finances vertes sans réellement remettre en cause le système financier ? Et aussi de s’interroger sur l’impact de son argent personnel, qui peut faire la différence et contribuer à une société plus juste et durable si l’on choisit de l’investir de manière transparente et socialement responsable.


On pourrait continuer à lister des exemples, ici, de la société malade de laquelle nous sommes tou.te.s prisonnier.es. On pourrait aussi continuer à lister des solutions possi-bles sur comment s’en sortir.


Mais pour le moment nous proposons de débuter en créant un espace de partage pour construire une rhétorique et une parole alternative au discours dominant.


III. Ouvrons le débat !

Notre parti pris dans ce large mouvement de la Transition écologique citoyenne est de participer à :

  • changer d’imaginaire économique collectif ;

  • déconstruire le modèle économique dominant reposant sur la croissance ;

  • s’investir dans des projets concrets d’alternatives économiques qui mettent les femmes et les hommes au cœur du projet ;

  • la relocalisation de l’économie, notamment en favorisant l’éclosion de monnaies complémentaires locales ;

  • réencastrer l’économie dans les territoires pour qu’elle réponde aux besoins des communautés ;

  • explorer des innovations comme le revenu d’existence (basic income) qui permettent d’expérimenter de nouveaux modèles socio-économiques ;

  • ouvrir le débat sur l’économie du Luxembourg et ses côtés les plus sombres.

Rejoignez le mouvement en contactant : reconomy@cell.lu Nous organiserons prochainement une 1ère réunion pour définir nos modes d’organi-sation, un agenda et les moyens que l’on se donne. Un état d’esprit de travail fondé sur la tolérance et l’écoute. De plus en plus d’écono-mistes dit.es classiques se posent des questions. Il est question de dialogues, de recher-ches et de paroles publiques à construire pour faire entendre une autre voix. C’est un espace citoyen qui se veut en dialogue avec les paroles politiques, syndicales ou universitaires.

37B rue de la Fontaine

L-4122 Esch-sur-Alzette

reconomy@cell.lu

facebook REconomy luxembourg blanc
linkedin REconomy luxembourg blanc
meetup REconomy luxembourg blanc

@2020 - REconomy - made with ❤ by téMéRaiRe marketing